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Un duo qui ne manque pas d’R

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R comme Roberts : c’est le nom d'Isabelle. R, aussi, comme Raphaël, c’est le prénom de Garrigos. Quand on lit leurs initiales au bas de leurs papiers communs, en page médias de Libération, c’est cette lettre qui saute aux yeux. Quand enfin on arrive à les joindre, ils sont « débordés par la loi sur l'audiovisuel, les pages à gérer, la télé à regarder. » Et, qui plus est, ils ne veulent pas être interviewés séparément.

Il faut dire que les deux « R » lient leurs destins à la scène comme à la ville. Sans être passés par une école de journalisme, après la fac (ils ont fait leurs études à Bordeaux), ils ont directement pigé pour Libé avant d'y être intégrés pour de bon. Ils produisent toujours à quatre mains leurs reportages bourrés d’humour. Pour beaucoup, ce serait prise de tête assurée. Pour eux, c'est l'assurance de viser juste et de mettre le nez des gens du PAF dans leurs travers quotidiens... à défaut de faire le grand ménage.

 

 

La fabrique de l'info. Pourquoi avez-vous eu envie de devenir journalistes ?
Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos. On n'a pas eu envie de devenir journalistes, mais journalistes à Libération, nuance. On était lecteur de Libé et ce journal nous enrichissait, nous énervait, nous parlait. On a eu envie de lui répondre.

Qu'est-ce qui vous a amenés à vous spécialiser dans la critique des médias télévisuels et ensuite à collaborer ensemble ?
En fait, nous "collaborions" avant. Et dans le cadre de cette collaboration, nous regardions beaucoup la télévision. Presque naturellement, on s'est retrouvé à écrire sur la télé.

Quand on lit un de vos papiers, on a du mal à croire que deux personnes ont pu l'écrire. Comment vous répartissez-vous la tâche ?
Souvent, les gens qui écrivent à deux se répartissent les rôles ainsi : un qui souffle les idées, l'autre qui les traduit sur le papier. Pour nous, c'est l'inverse et l'inverse de l'inverse : c'est-à-dire qu'on se souffle les idées l’un l’autre, et qu’on les transcrit tous les deux. On se répartit des séquences du papier suivant un plan élaboré à l’avance et chacun travaille sa partie. Quand on en a marre, on échange. Ensuite, on re-échange. Ensuite, on se met ensemble derrière le même ordinateur et on mélange le tout. Enfin, bref, c'est un peu le bordel... Comme on a démarré ensemble à Libé, on s'est aussi formé ensemble et du coup, nos styles se ressemblent. Bon, il y a des différences, mais il n'y a que nous pour les déceler. Il se trouve qu'on a les mêmes opinions, le même humour.

Dans toutes les textes sur la télé que j'ai pu lire, j'ai l'impression que vous êtes les journalistes qui avaient le plus de liberté éditoriale. Vous êtes les bêtes noires des chaînes de télé, non ?
On ne porte pas notre liberté en bandoulière, on ne s'est jamais posé la question et, que ce soit Serge July ou désormais Laurent Joffrin, on nous a toujours fichu une paix royale. En même temps, c'est écrit dans le titre : Libération, c’est normal qu’on y soit libres. Du côté des chaînes, on a régulièrement des soucis. TF1 nous a, par exemple, black listés pendant un temps. C'est-à-dire qu'on ne recevait plus rien de la chaîne, pas le moindre communiqué, rien de rien. Mais bon, ça va, on ne reçoit pas de petits cercueils, ni de balle dans une enveloppe avec cette inscription "la prochaine n'arrivera pas par la Poste". Et, puis, dans les télés, si souvent les patrons préfèrent se faire lécher les bottes, d'autres interlocuteurs ont beaucoup plus de respect pour des journalistes qui gratouillent.

Quelles sont en général vos sources ?
Nos sources ? Heu... Plein de gens au sein des chaînes qu'on ne peut évidemment pas dire.

Vous avez écrit « La bonne soupe », un livre sur le 13h de TF1. Pour vous, Jean-Pierre Pernaut est-il le pire journaliste français ?

Oh non, on a des paquets d'autres noms. Comme on l'a écrit, Pernaut est plus intéressant que sa caricature, beaucoup plus moderne, mais aussi nettement plus dangereux : il est le symptôme de ce que devient le journalisme, télévisuel ou imprimé aujourd’hui, à savoir le médiateur de petites fables empilées, des histoires "concernantes", calibrées pour le public auquel elles sont destinées.

Que pensez-vous du livre sur TF1 qui est sorti dernièrement : "Madame, Monsieur, bonsoir" ?
C'était un mauvais livre passionnant. Très mal écrit, très mal construit, très mal fichu. Mais pour la première fois, des journalistes de TF1 s'essayaient à dire leur métier et, souvent, leur souffrance, et nous y avons retrouvé tout ce que des journalistes de TF1 ont pu nous raconter depuis des années. C'était aussi une entreprise de déboulonnage de Robert Namias et PPDA, et une entreprise réussie.

Quels sont les conseils que vous pourriez donner à un étudiant en journalisme qui souhaite travailler en télévision?

Ne pas y aller ! Bon d'accord, on rigole, vous faites ce que vous voulez... Mais l'info de service public est en général de bonne tenue et souvent beaucoup plus fouillée que celle des chaînes infos qui ne font que rabâcher la même chose tous les quarts d'heures. En même temps, c'est certainement une bonne école. Franchement, il n'y a pas de "bons" ou de mauvais médias a priori. Tout dépend de ce qu'on en fait.

Quand vous vous êtes lancés dans le journalisme, auriez-vous imaginé que vous vous feriez un nom en tant que critique des médias ?
Un nom ? Deux noms, oui! Sans rire, l'idée n'est évidemment pas de se faire un nom, c'est pas le métier pour.

Quels sont vos envies pour la suite ?
A part souhaiter la victoire de Mickels dans « Star Academy », on ne voit pas.

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Edito - Novembre 2008

Notre grain de sel

A croire que nous n’avons rien de mieux à faire. A cette heure-ci, un tournant historique se profile aux Etats-Unis. La guerre fait rage en République Démocratique du Congo. Le Parti socialiste se cherche difficilement un leader. Et nous, étudiants en journalisme, ne trouvons à parler que de… journalisme.
C’est que nous avons notre mot à dire sur la question. Pas par plaisir de nous regarder le nombril. Quelques mois avant de devenir journalistes à notre tour, nous nous payons le luxe de prendre de la distance sur notre métier, d’entrer dans les coulisses des médias. De ne pas nous contenter, en somme, de ce que ceux-ci proposent chaque jour : l'information sur un plateau, les pieds sous la table.

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