Journalistes sportifs, à vos marques, prêts, partez !

Florent Custodio 0 Commentaires
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Des têtes bien remplies, la rigueur héritée de plusieurs années d'entrainements, et le vécu des grandes compétitions. Le profil d'athlète de haut niveau a de quoi séduire la plupart des rédactions sportives.

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Si leur reconversion à la fin de leur carrière n'est pas un phénomène nouveau, la place prise le sport ces dernières années à la télévision, lui donne une autre dimension et bouscule les habitudes des journalistes.

 

Ancien hocheyeur, Tom cariolet a fait de sa reconversion dans le journalisme une priorité. Photo DR

Qui n'a pas rêvé devant son petit écran s'extasiant à chaque passement de jambes de Zinedine Zidane ? Alors pour une chaine, obtenir l'exclusivité de ses analyses, c'est un plus. Sauf que... couac ! Il semble beaucoup moins maîtriser l'art du micro que celui du ballon rond. Pour Cédric Beaudou, journaliste sportif sur France 2, se réorienter dans le journalisme télé n'est pas une mince affaire.

Devenir journaliste vedette lorsque l'on a déjà été une star dans une discipline ressemble à un parcours du combattant. Pour Stefan Echeverry, ancien présentateur des « Spécialistes » sur Canal +, «  ce n'est pas non plus dans leur intérêt. J'ai croisé beaucoup de sportif désireux de se lancer dans le journalisme après leur carrière de joueur. Mais la plupart deviennent consultants. Il y a une frontière avec le métier de journaliste même si celle-ci, est là où l'on veut bien la mettre. On les attend plus sur une expertise, sur un vécu, un niveau d'analyse différent. Je ne crois pas que ce soit une bonne évolution pour eux. Enfin cela dépend de leur histoire personnelle mais ça me paraît compliqué ».

Il est vrai que dans tout ceux qui s'y sont lancés, plusieurs se sont brulées les ailes. A l'image de Maria Maracineanu, ancienne nageuse médaillée au JO de Sydney, qui déclarait au Figaro être « handicapée par son nom. J'ai une maîtrise de LEA, je parle cinq langues, je suis diplômée d'une grande école... Sauf que les gens te renvoient toujours à ton sport. ». Même s'il elle commente les championnats du monde en petit bassin à Dubaï en ce moment même, elle pourrait s'orienter sur une autre voie, puisqu'elle a récemment été élue au conseil régional d'Île-de-France.

Céline Géraud, un exemple

Reste que certains sont parvenus à percer, à « repartir de zéro », voire même connaître une notoriété supérieure à celle de sportif. Alexandre Boyon sur France 2 et ancien rameur présente les sports olympiques; Laurent Paganelli, champion de France de football avec Saint-Etienne (1981), pour qui le statut de consultant sur canal + est surpassé compte tenu de son travail d'animation et d'interviewer.

Mais Céline Géraud est probablement la plus belle incarnation d'une seconde vie professionnelle réussie. Après sa brillante carrière de judoka (Championne d'Europe (1984) et vice championne du monde (1986), elle s'est lancé dans le milieu du journalisme avec un succès étonnant. Présentatrice de l'émission sportive quotidienne de France 3 « tout le sport », elle a effectué un crochet par TF1 et entamé 3 ans de collaboration avec Denis Brognard sur « l'île de la tentation ». Elle a ensuite animé des émissions d'automobile sur Eurosport et aujourd'hui présente le foot sur Orange Sport.

Une fierté pour Sportcom, l'école de journalisme réservée aux sportifs professionnels dont elle est issue. Son coordinateur de formation Aldo Conti se souvient: « Céline faisait parti des première promotions en 1987 et on peut dire qu'elle a su se détacher de sa spécialité.  Chaque année nous accueillons 6 ou 7 sportifs pour qu'ils deviennent journalistes. 70% d'entre eux intègrent une rédaction, mais c'est à eux de faire leurs preuves. On ne leur apprend surtout pas à être consultant. »

Sportif de haut niveau, oui, mais anonyme

Au delà des stars, visibles à la télévision, c'est bien le destin de sportifs moins connus qui ont pourtant réussi, qui motivent les élèves de cet école. Car outre quelques disciplines, la plupart des sportifs de haut niveau demeurent dans l'anonymat aux yeux du grand public. Tom Cariolet, 24 ans est sorti de Sportcom il y a trois ans. Ancien hockeyeur sur gazon, il n'a pas voulu faire jouer son statut pour s'ouvrir les portes de la télé, mais il reconnaît que son passé lui apporte un véritable plus.

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Florian Gaudin a terminé sa formation il y a 3 ans aussi. Cet ancien athlète a eu la chance de trouver rapidement un emploi en tant que rédacteur en chef d'Athlé magazine. Son anonymat ne le dérange pas. « Les stars ont la chance de pouvoir ouvrir de nombreuses portes avec leur image leurs sponsors. Elles peuvent rapidement devenir consultant. Journaliste, ça, c'est une autre histoire ! De toute façon, anonyme ou pas, dans le milieu professionnel on est rapidement jugé sur ses compétences. Si Céline Géraud a pu réussir c'est avant tout parce qu'elle a démonté ce qu'elle savait faire. Si on est mauvais, généralement on ne reste pas ».

A seulement 24 ans, Florian Gaudin est rédacteur en chef d'Athlé magazine. Photo DR

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