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Nord-Sud : vers une égalité de traitement ?

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Trente ans après la publication du rapport Mc Bride qui pointait les déséquilibres dans le flux de l'information entre les pays du Nord et du Sud, la situation a évolué.

Aujourd'hui les pays en voie de développement occupent les colonnes des quotidiens nationaux, mais ne sont pas abordés de la même manière que les pays occidentaux.


journaux

Du 24 novembre au 4 décembre 2009, nous avons étudié les rubriques « International » des principaux quotidiens français- Le Monde, Le Figaro, Libération, La Croix, Aujourd'hui en France et l'Humanité- et avons constaté que sur près de 200 articles publiés, plus de la moitié concernaient des pays du Sud. Cependant, cette donnée est à nuancer : l'Iran, l'Israël, la Palestine ou encore l'Afghanistan ont fait l'objet d'une attention particulière sur cette période, du fait d'une actualité brûlante. De plus, le quotidien Le Monde propose des pages « Europe », ce qui réduit la proportion d'articles sur les pays du Nord à traiter dans les pages « International ». Enfin, nous n'avons pas pris en compte les brèves dans cette étude, mais il faut souligner qu'elles traitent majoritairement de pays du Sud.

« Les pays en développement tels que le Brésil, l'Inde ou la Chine sont actuellement plus visibles dans la presse », observe Marie-Claude Decamps, chef du service « International » du quotidien Le Monde. Le journal a tenté d'établir un maillage de correspondants sur tous les continents : quatre aux Etats-Unis, trois en Chine, deux au Japon, un en Afghanistan, un en Afrique, un au Brésil et un dans chaque pays d'Europe. Le quotidien fait aussi régulièrement appel à des envoyés spéciaux. « Notre rôle n'est pas de reprendre les faits bruts donnés par les agences mais d'apporter une valeur ajoutée à l'information sur le Sud. Nous privilégions les reportages, les papiers d'analyses. Le Monde est un journal du soir, nous ne reprenons donc pas les informations déjà traitées par nos concurrents depuis le matin. Certaines nouvelles restent des brèves en attendant d'être développées dans des papiers plus fouillés. » A Paris, les journalistes sont en contact permanent avec des ambassades, des exilés, des réfugiés politiques et appellent régulièrement des sources sur place pour vérifier et recouper les informations.

Une couverture encore incomplète

Si Le Monde a encore les moyens d'entretenir son propre réseau d'informateurs ce n'est pas le cas de tous les quotidiens. « La Croix et l'Humanité ont de tous petits budgets et ne peuvent pas se permettre d'envoyer systématiquement des reporters sur le terrain. Ils se contentent alors de dépêches d'agence pour parler du Sud », indique Jean-Jacques Cheval.
Par ailleurs, les pays du Sud sont assez largement médiatisés dans la presse quotidienne mais à travers un regard ethnocentré. Comme l'expliquent Florence Aubenas et Miguel Benasayag dans La fabrication de l'information : « le journaliste va ainsi chercher et trouver ce qui l'intéresse, ce qu'il considère, lui, comme fondamental. [...] Généralement, l'Iran sera traité à travers la condition des femmes ou la liberté de la presse. [...] Les journalistes s'efforcent bien d'informer objectivement, mais ils le font sur ce qu'ils croient subjectivement être important ». Des situations sont également passées sous silence car considérées comme sans intérêt pour le public. C'est ainsi qu'après les Jeux Olympiques de Pékin en 2008, le Tibet a pratiquement cessé de faire l'objet de nouvelles dans les rubriques « International ».
Le rapport Mc Bride déplorait que les médias ne s'attachent qu'aux « phénomènes intéressants et de préférence exceptionnels ou insolites ». Il insistait sur l'importance d' « élargir la notion de nouvelles pour qu'elles portent non seulement sur un événement mais sur l'ensemble d'un processus ». Aujourd'hui, les faits ponctuels et spectaculaires priment encore sur les situations à long terme quand on parle des pays du Sud. Les émeutes de la faim à Haïti, en avril 2008, ont, par exemple, été amplement traitées à l'époque, alors que ce pays, parmi les plus pauvres du monde, souffrait bien avant de sous-nutrition.
Nombre de morts, de manifestants,...On est porté à considérer qu'au niveau des pays du Sud les aspects quantitatifs sont plus importants que les aspects qualitatifs. « Les chiffres sont rassurants, ils semblent fournir des données objectives. Alors que le qualitatif appelle à plus d'explications, notamment sur la diversité culturelle mondiale. Ce qui est plus compliqué », indique Jean-Jacques Cheval.
De plus, la loi du « mort kilomètre » est toujours d'actualité. « Un mort à côté de chez moi m'intéresse plus que dix morts à l'autre bout du pays et que cent morts à l'autre bout du monde », explique Jean-Jacques Cheval. Des situations dérogent cependant à cette règle : en cas de catastrophes naturelles ou aériennes impliquant des compatriotes, la couverture médiatique est renforcée. On l'a vu récemment lors du crash du vol Rio-Paris, et en 2004 avec le Tsunami en Asie du Sud-Est.

Cathleen BONNIN et Marion CHANTREAU

2010 : Les trente ans du rapport Mc Bride

En 1977, le secrétaire général de l'Unesco crée une commission internationale d'étude sur la situation et les perspectives d'évolution de la communication dans le monde. Il en confie la présidence à Sean Mc Bride, homme politique et prix Nobel de la paix. Trois ans plus tard, son rapport est prêt. Il fait le constat de « déséquilibres dans la circulation de l'information » entre le Nord et le Sud. Les pays occidentaux contrôlent les réseaux de communication et ont tendance à dicter l'information en fonction de leurs intérêts. « Evoquer davantage les pays du Sud risquerait de diminuer la puissance occidentale », explique l'historien des médias Jean-Jacques Cheval.
Les pays du Sud sont donc sous-représentés dans les quotidiens. En dehors des grandes agences de presse mondiales, un nombre relativement faible de journaux disposent de bureaux ou de correspondants à l'étranger pour collecter ou diffuser les nouvelles. Les liaisons techniques avec le Tiers Monde sont insuffisantes voire inexistantes, ce qui rend le peu d'informations dont on dispose difficilement vérifiable.

Pour lire le rapport Mc Bride :

« Saga Africa »

annie bart

Annie Bart est professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université de Bordeaux 3 et spécialiste des médias en Afrique. Elle nous parle de la médiatisation de l'Afrique en France.

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Quand la politique dicte l'info

L'agenda politique peut jouer sur la non-visibilité de certaines régions du Sud dans les médias. Journaliste et écrivain, Marie-Michèle Martinet a été correspondante en Turquie pour Le Figaro de 2003 à 2006. Elle a beaucoup écrit aux moments clés des négociations en vue de l'adhésion de la Turquie à l'Europe, alors que le président Jacques Chirac y était plutôt favorable. « Mais j'ai commencé à sentir le vent tourner à la fin de l'année 2006 », raconte Marie-Michèle Martinet. Les négociations se sont enlisées et les commandes d'articles se sont faites moins régulières. Aujourd'hui la Turquie est moins présente dans les colonnes des journaux. « Elle est un peu le bâton merdeux de la France », indique Marie-Michèle Martinet.

L'intégration de la Turquie n'est pas envisagée avant dix ou quinze ans. En attendant...on en parle peu.

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Edito - Décembre 2009

Rédactions en chaîne

Dans ce nouveau numéro de La fabrique de l'info, nous allons parcourir les coulisses d'un journalisme en pleine mutation. Un journalisme dans lequel nous mettrons les pieds l'année prochaine. Futurs maillons de la chaîne, nous avons choisi d'isoler ce qui compose la fabrication de l'information.

Dans la Salle des machines, prenons un peu de recul vis-à-vis des outils mis à notre disposition pour informer. Nous faisons le pari que Twitter deviendra un média à part entière, en tant que vecteur d'informations. Comment ce réseau social bouleverse notre rapport à l'actualité et son traitement ? Et que viennent y chercher les journalistes ?

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