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Médias et humanitaire : le mélange des genres

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Médias et humanitaire : le mélange des genres
Haïti vs Pakistan : quels critères à la médiatisation ?
Les liaisons ambiguës des médias et humanitaires
La ligne jaune franchie pour Haiti ?
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Les humanitaires utilisent les médias pour faire connaître les drames dont ils sont témoins. En 2010, le tremblement de terre d'Haiti a été énormément médiatisé alors que les inondations au Pakistan en juillet ont été pratiquement occultées. Quels sont les critères pour que les médias s'intéressent à une catastrophe ?


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"Les médias sont des alliés des ONG." Tout est dit dans cette phrase de Françoise Jeanson, l'ancienne présidente de Médecins du Monde. Cette alliance n'est pas simplement une question d'idéologie, mais de dépendance réciproque. Les ONG souhaitent médiatiser la souffrance pour porter assistance, mais aussi élargir leur audimat, augmenter les dons et leur importance institutionnelle. Les médias font eux appel à des correspondants, des experts bénévoles et une aide logistique à moindres frais. Avec le risque d'intervertir leurs rôles respectifs.


 

Haïti vs Pakistan : quels critères à la médiatisation ?

 

 

12 janvier 2010 : un séisme de plus de 7 sur l’échelle de Richter frappe la capitale haïtienne de Port-au-Prince. On dénombre 250 000 morts et 300 000 blessés. Les médias du monde entier affluent sur les lieux du tremblement de terre. L’élan de solidarité qui en résulte est considérable. En juillet 2010, des pluies diluviennes s’abattent sur le Pakistan, faisant 2000 morts et 20 millions de sinistrés. Une catastrophe sanitaire sans précédent pour ce pays. Pourtant, les médias regardent ailleurs. L’aide internationale se fait attendre.

 

Difficile de comparer le malheur des populations. A quoi pourrait-on le mesurer ? Au nombre de morts, de blessés ? L’approche paraît autant cynique qu’inadéquate. Pourtant, certains marqueurs apparaissent récurrents dans la couverture médiatique des crises humanitaires. Retour sur ces critères qui ont influencé les rédactions dans leur choix de propulser Haïti sur le devant de la scène et de laisser le Pakistan dans l’ombre.

 

La nature de la catastrophe

 

Le critère le plus évident est celui de l’ampleur d’une crise, de son caractère exceptionnel. Dans le cas présent, "la nature même de la catastrophe n’est pas la même, constate Samuel Hanryon, responsable de presse à Médecins sans Frontières. Au Pakistan, il y a eu quelques milliers de morts, et plus de 200 000 à Haïti. Cela n’a rien à voir".

 

Autre facteur qui a pesé, le contexte de la tragédie. Haïti a été victime d’un tremblement de terre. Cela donne un caractère instantané à l’événement, un temps dramatique. D’une minute à l’autre, le pays a basculé dans l’horreur. "Il y a eu un effet de sidération", poursuit Samuel Hanryon. Les caméras se sont précipitées sur les lieux, provoquant le choc des téléspectateurs et de la communauté internationale.

 

Au Pakistan, la situation était très différente puisque les inondations ont été progressives. "C’était plus compliqué parce qu’elles ont duré un mois. La crise a été longue et évolutive", remarque Christophe Ayad, journaliste à Libération. Résultat, les institutions, comme les médias, ont mis du temps à mesurer l’ampleur du désastre et leurs conséquences à long terme.

 

Le Pakistan a souffert autrement de la nature de sa crise. Les inondations ont eu lieu dans le cadre d’un phénomène climatique bien connu et récurrent : la mousson. Alors que le tremblement de terre d’Haïti garde un caractère exceptionnel plus enclin à exciter la curiosité des médias.

 

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Le "capital sympathie"

 

Mais c’est loin d’être le seul aspect qui a joué en la défaveur du Pakistan. Outre le drame humanitaire, le pays a souffert de sa mauvaise réputation auprès des médias occidentaux. Car dans l’imaginaire occidental, nombreux sont les amalgames qui associent le Pakistan à Al-Qaïda. "On est dans une période de tension, de crispation entre le monde occidental et oriental, souligne Pascal Dauvin, sociologue et auteur de La communication des ONG humanitaires. C'est plus compliqué de parler d’un pays dont la culture est éloignée, qui a un régime présenté comme tyrannique et lié au terrorisme."

 

Dans leur ouvrage Les médias et l’humanitaire, Rony Brauman et René Backmann comptent "l’innocence" parmi les critères qui déterminent la médiatisation d’une crise : "la victime doit elle-même être spontanément acceptable. Il ne suffit pas de souffrir injustement pour se voir attribué le statut de victime". Sans opinion publique favorable, pas de médiatisation.

 

Ainsi, même la solidarité n’échappe pas au communautarisme. "Sans doute les Britanniques furent-ils plus attentifs à cette crise en raison de la forte communauté pakistanaise établie sur leur territoire", relève Jean-Jacques Louarn, journaliste à RFI et fondateur de grotius.fr, une revue en ligne consacrée aux médias et à l'humanitaire.

 

A l’inverse du Pakistan, Haïti a bénéficié de ses liens forts, historiques avec la France. Une ancienne colonie, une population francophone, un des pays les plus pauvres du Sud… Les conditions étaient réunies pour que les Français considèrent les Haïtiens comme des "victimes acceptables".

 

Pour qu’il y ait empathie, le public doit être lié à la victime tout en étant assez distant pour se sentir à l’abri de la catastrophe. Françoise Jeanson, ancienne présidente de Médecins du Monde, parle du "lien occidento-occidental" : "c’est la proximité entre les gens et la catastrophe. Par exemple, on a beaucoup parlé du Tsunami de 2004 en Thaïlande parce qu’il y avait beaucoup de victimes françaises".

 

Le travail des humanitaires est passé en continu sur l'antenne d'I-télé pendant de nombreux jours.

 

Le "story-telling" de l'humanitaire

 

Rony Brauman et René Backmann nous mettent en garde : "pour supporter le spectacle de la souffrance, il nous faut y joindre celui du remède" car "notre voyeurisme de la douleur est en réalité limité". L’opinion publique est donc un baromètre essentiel de la médiatisation d’une catastrophe humanitaire.

 

Or, celle-ci "n’était pas "disposée" à  suivre  une médiatisation forte des inondations et du secours apporté aux victimes, explique Jean-Jacques Louarn. Un débat houleux a secoué notre rédaction." RFI a finalement décidé de ne pas dépêcher d’envoyés spéciaux pour la couverture du Pakistan, traitant la crise avec son correspondant local.

 

"Les médias n’ont pas joué leur rôle", déplore le journaliste de la radio internationale. Selon lui, une hiérarchisation des crises humanitaire se forme dans l’inconscient du journaliste qui va rechercher "la bonne histoire, l’accroche" : "qu’est-ce qui va toucher "mon public à 20 heures ? Qu’est-ce qui va créer de l’émotion et donc de l’audimat ?".

 

Car les liens entre humanitaire et médias sont avant tout ceux de l’humanitaire et de la télévision. Le diktat de la grand-messe du 20 heures est donc déterminant pour la perception d’une crise par le téléspectateur. Dans Les médias et l’humanitaire, Rony Brauman et René Backmann évoquent le "robinet à images" : "Ce sont les images et non les mots qui font l’événement". Le pouvoir émotionnel de la télévision reste inégalé. Seul le petit écran peut mener à une mobilisation générale. Le choc des images, la puissance du direct et toute la dramaturgie liée au support télévisuel sont sans commune mesure avec les autres médias. Pour le spécialiste des médias Régis Debray, c’est "le froid contre le chaud".

 

Or, cette mainmise de la télévision sur une catastrophe humanitaire n’est pas sans influence sur sa couverture. "90 secondes c'est trop court ! On ne peut pas contextualiser, expliquer...", juge Christophe Ayad.

 

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L’agenda médiatique

 

Autre élément à prendre en compte : l’agenda médiatique. D’une certaine manière, les crises humanitaires sont tributaires de l’actualité internationale. Une règle implicite s’applique au sein des rédactions : si deux crises de même nature se suivent, la deuxième sera beaucoup moins mise en lumière. Cet effet d’éviction s’explique toujours par la recherche de l’intérêt du public et par la peur de le lasser.

 

Une fois de plus, le Pakistan est parti avec un lourd handicap. Six mois après le séisme d’Haïti, la probabilité que les médias s’intéressent aux inondations était bien mince. D’autant qu’elles ont eu lieu en juillet. Les chaînes de télévision étaient déjà passées à leur grille de programmes estivale. Le soleil, la plage, les vacances… Et pas de place pour les grands élans de solidarité. Pas de chance.


 

Les liaisons ambiguës des médias et humanitaires

 

 

"Les médias sont des alliés des ONG." Tout est dit dans cette phrase de Françoise Jeanson, l'ancienne présidente de Médecins du Monde. Du côté des ONG, le constat est simple. Les médias servent à remplir les caisses, comme l'explique Samuel Hanryon, responsable presse de Médecins sans Frontières : "Les médias apportent une visibilité qui incite les gens aux dons". Même son de cloche chez Françoise Jeanson. "On a besoin d’eux pour équilibrer nos dépendances : c’est à dire pour trouver de l’argent. Nos subventions viennent à 45 % de l’Etat et à 55 % de donateurs privés. Ces fonds privés, on les a grâce aux médias." La visibilité est la condition de survie d'une ONG. Depuis les années 80, elles se sont professionnalisées, et la concurrence s'est considérablement accentuée. Conséquence, la communication, surnommée "le sale boulot des humanitaires" est de plus en plus importante.

 

En temps de crise, une première dérive risque alors d'apparaître : la surenchère. Samuel Hanryon s'en méfie : "On essaie de construire des relations de confiance sur la durée avec les médias. On veut être un interlocuteur crédible. Par rapport aux chiffres, nous sommes très prudents". Le sociologue Pascal Dauvin, auteur de La communication des ONG fait le même constat : "Les ONG ont pris l'habitude d'annoncer de gros chiffres, trop important. C'est un peu comme les syndicats et la police. Elles ont intérêt à dramatiser la situation pour générer plus de dons. Et nous sommes dans une société rationnelle : ce qui fait preuve, c'est le chiffre". Le problème, c'est que les journalistes ne les vérifient pas. Ils n'en ont pas la capacité. Pour y remédier, Pascal Dauvin préconise que les journalistes qui couvrent des crises ou des catastrophes humanitaires soient formés "aux techniques d'évaluation des humanitaires et à effectuer des enquêtes".

 

L'interlocuteur privilégié du journaliste

 

Dans un précédent livre intitulé Les publics des journalistes, Pascal Dauvin pointait déjà l'ambiguïté des rapports entre les journalistes et les membres des ONG. "Les humanitaires sont souvent convaincus d'être un passage obligé dans la chaîne de production de l'information et ont le monopole de l'information sur les crises. Ils ont, aux yeux des journalistes, la même capacité à parler des victimes." En d'autres termes, de nombreux journalistes considèrent – à tort - les humanitaires comme des sources neutres, institutionnelles et effectuent rarement de contre-enquêtes.

 

Les humanitaires organisent des conférences de presse pour expliquer leurs actions.

 

Jean-Jacques Louarn est journaliste à RFI et fondateur de Grotius.fr, une revue en ligne consacrée aux Médias et à l'Humanitaire. Il souligne que " même si l’ONG et les acteurs de la société civile ou humanitaires sont des sources importantes en soi sur certains terrains, l’agenda et les objectifs d’une ONGI ou association n’est pas le même que celui d’un média". Christophe Ayad, journaliste à Libération, le rejoint dans La communication des ONG : "Les journalistes manquent d’interlocuteurs fiables et ils devraient sans doute solliciter davantage des diplomates ou des experts qui ont pris de la distance avec le champ humanitaire." 

 

L'humanitaire joue différents rôles pour le journaliste : source, interlocuteur, entremetteur. Christophe Ayad se sert des ONG comme ressources, surtout celles qui travaillent sur des sujets pointus. "Quand je souhaite rencontrer des tribus nomades arabes dans l'Ouest du Darfour je me tourne vers Triangle. C'est la seule à avoir des liens avec eux."

 

Les ONG n'ont pas que des fonctions intellectuelles pour les journalistes. Les humanitaires jouent souvent le rôle de techniciens. Quand ils ont des problèmes, les journalistes appellent souvent les ONG pour bénéficier de leurs moyens (téléphone, satellite, voiture, connaissance du terrain...).

 

Dans ces circonstances, le journaliste peut se retrouver face à un conflit d'intérêt : comment critiquer l'action de tel ou tel organisme qui lui a rendu service ? Avec le risque que le journaliste ne devienne le communiquant d'une ONG.

 

Des journalistes participent à un voyage de presse au Congo. Photo Julien Harneis / Flickr.

 

L'éthique des voyages de presse

 

La question de l'indépendance du journaliste ne se pose pas qu'en temps de crise. Certaines ONG organisent des voyages de presse pour sensibiliser les médias – donc les donateurs – sur des problèmes qu'ils ne jugent pas assez médiatisés. Cela pose un problème d'éthique... mais possède également des avantages considéré la situation économique des médias . Pour Samuel Hanryon de MSF, "dans ces voyages, on fait croire aux journalistes qu’ils sont là pour faire leur boulot, alors qu’ils ne le font plus. Mais parfois, c’est la seule façon d'intéresser les médias. Notamment chez les petites ONG qui ont peu de moyens". Christophe Ayad n'y est pas non plus favorable. "Mais il ne faut pas se voiler la face, les journaux y participent parce qu'ils manquent de moyens." Il préfère les considérer au cas par cas. "Certaines ONG permettent aux journalistes d'aller dans des endroits où ils n'iraient pas. Par exemple Action Contre la Faim qui lutte contre une malnutrition récurrente en Centrafrique. Il n'y a pas de guerre, de fléau, de maladie... et ils ont un programme de fond et veulent mobiliser les médias. Un journaliste de Libé y est allé, parce qu'en temps normal se rendre là-bas c'est cher, compliqué."

 

Jean-Jacques Louarn plaide pour une réaffirmation de la "profession de foi" des journalistes. "C’est aux journalistes aussi de réaffirmer les bases de leur profession et de les faire valoir auprès des ONG. Cette facilité existe depuis plusieurs années mais nous devons vraiment prendre garde à ne pas entrer dans cette logique."


 

La ligne jaune franchie pour Haiti ?

 

12 janvier 2010. Le séisme à Haiti déclenche une avalanche de réactions et de promesses de dons en France. Des émissions de télévision sont consacrées à l'événement, les journaux sollicitent la générosité des Français. Chaque média s'associe à une organisation. Europe 1 à la Croix-Rouge française, Paris Match à Première Urgence, RTL à Médecins du monde puis la Fondation de France, tout comme M6, Le Figaro, Le Monde ou encore Radio France et France Télévisions. Le groupe audiovisuel public a essuyé de vives critiques suite à ce partenariat qui est loin de faire l'unanimité. Il pose plusieurs problèmes : remise en cause de la déontologie journalistique, du choix de l'organisme et du rôle des médias en temps de crise.

 


 

 

Les autres ONG ont souffert en termes financiers de ce partenariat. Début février, la Croix-Rouge ne comptait que 11,5 millions d'Euros pour Haiti contre 112 millions récoltés en 2004 pour le Tsunami, alors que la Fondation de France avait déjà récolté plus de 24 millions d'euros.

 

Françoise Jeanson, ancienne présidente de Médecins du Monde s'insurge : "Je trouve cela inadmissible ! De quel droit les médias choisissent l’organisation à laquelle les gens doivent donner ! En plus, la Fondation de France n’a quasiment aucune expérience dans l’humanitaire. Pourquoi serait-elle plus pertinente que les ONG ou que la population elle-même ? C’est juste un intermédiaire de plus au final, qui n’est ni légitime, ni indépendant".

 

Pourquoi la Fondation de France ?

 

Passé la question déontologique, le choix qu'a porté France Télévisions sur la Fondation de France a beaucoup surpris. La Fondation de France n'est pas une ONG. C'est un organisme privé et indépendant qui collecte et redistribue des fonds pour soutenir des projets dans des domaines divers.

 

L'indépendance de l'organisme fait débat. Selon Françoise Jeanson, ancienne présidente de Médecins du Monde il ne l'est pas : "six ministères sont représentés au conseil d’administration. Alors qu’on ne vienne pas me dire que cet organisme est indépendant de l’Etat".

 

Pascal Dauvin compare cette polémique à celle lancée par Pierre Bergé en décembre 2009 sur le Téléthon : "Ca disqualifie les autres associations", regrette-t-il.

 

Un problème d'éthique

 

Pour Pascal Dauvin, sociologue et auteur de La communication des ONG, ce partenariat pose surtout un "problème éthique". Le rôle du journaliste est d'informer, pas de collecter des fonds.

 

Rony Brauman, président de MSF entre 1982 et 1994 et grande figure de l'humanitaire s'est montré très virulent sur le sujet. Outre une interview dans l'Express où il dénonce les dangers d'un trop grand rapprochement entre médias et ONG, il intervient également dans l'émission de France 5 Médias le magazine le 17 janvier 2010. « Je trouve ça très choquant et très pervers car cela fait perdre la distance aux journalistes par rapport à l'objet de leur reportage ». Samuel Hanryon, membre de MSF précise que l'ONG n'effectue jamais de partenariat avec des journaux. "Le problème, c’est quand les journalistes cessent d’informer et commencent à mobiliser. Là, on est dans autre chose."

 

Christophe Ayad, journaliste à Libération est beaucoup plus nuancé : "Attention à ne pas faire d'amalgame et de confondre médias et journalisme. Sur France 2, il y a 90% de divertissement, et 10% de journalisme. Ce n'est pas choquant que la chaîne soit partenaire de quelque chose, si ça ne se transforme pas en information caritative. Le problème c'est quand ça envahit le travail des journalistes".

 

RSF et le guide du parfait journaliste

 

Le travail des journalistes, justement. En janvier 2010, RSF publie un communiqué intitulé "Les médias ont un rôle à tenir en cas de catastrophe humanitaire majeure". Outre la mobilisation des opinions et l'appel à la générosité, il préconise aux médias de devenir "acteurs à part entière", en participant à la "localisation de survivants ou à l'évaluation les plus urgents de populations sinistrées". Est-ce vraiment le rôle d'un média ?

 

Depuis la fin du XIXe siècle et le développement considérable des moyens d'informations, les médias ont toujours procédé à des appels de don, et se sont appliqués à offrir une bonne image des humanitaires. Pour se donner une image plus humaine, diront certains. Les médias s'appuient sur les ONG pour redorer une crédibilité mise à mal ces derniers temps. Samuel Hanryon est plus tranché : chacun doit faire son boulot", estime-t-il.

 

Jean-Jacques Louarn est journaliste à RFI et fondateur de la revue en ligne Grotius, consacrée aux Médias et à l'Humanitaire. Même si ce n'est pas leur première motivation, les médias ont un rôle à jouer : "s’il ne met pas ses moyens à disposition des victimes, comment serait-il perçu ? Ne lui reprocherait-on pas de ne rien faire, de ne faire qu’informer en somme ?". La question reste ouverte.

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