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Ils raffolent du « off »

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Pour le journaliste, c’est l’assurance d’une information confidentielle. Pour l’homme politique, c’est une façon de régler ses comptes ou de s’attirer les faveurs d’un journaliste. Eclairage sur ces échanges « hors micro ».

Le off, une pratique journalistique répandue
Le off, c’est la face cachée du journalisme politique. Imaginons une interview. Un journaliste interroge un homme politique, dans les règles de l’art. Les questions s’enchaînent, les réponses se déroulent, fin de l’entretien. On coupe les micros, on range les calepins. C’est le moment que va choisir le politicien pour faire des confidences. Anonymes, ou destinées à être rendues publiques plus tard certes, mais des confidences.

Ces petites phrases, le journaliste en raffole. Le responsable politique le sait. Le premier a le prestige d’obtenir des informations inédites ; le second s’assure une protection tacite, un traitement favorable dans les colonnes du journal. Une sorte de relation « gagnant gagnant » décrite à merveille par Daniel Carton dans un ouvrage qui a fait grand bruit à sa sortie en 2003, Bien entendu c’est off. L’ancien journaliste du Monde y raconte en détail les multiples anecdotes relatées, dans un grand jeu de séduction, par les plus hauts responsables de l’Etat.

Du off pour balancer sur ses adversaires


Pour les hommes politiques, l’avantage de ces confidences est certain. « Ils se servent du off pour se balancer mutuellement », explique Nicolas Beau, directeur de la rédaction du site d’information satirique Bakchich. Créé en 2006, le site s’est fait le spécialiste de ces informations glanées hors champ. Sans toutefois détrôner le Canard Enchaîné, référence incontestable en la matière. « Nous avons un Etat encore très marqué par le secret et le fameux devoir de réserve, poursuit Nicolas Beau. Le off permet de sortir un peu du carcan et du convenu. » Ainsi, chaque semaine dans le Canard et sur Bakchich, ministres, députés, membres de cabinet ministériel y vont de leur confidence assassine, souvent vulgaire, sous le couvert de l’anonymat.


Le « off de compréhension »


Conseiller général à Bordeaux, Matthieu Rouveyre (PS), 32 ans, confesse faire usage du off, lorsqu’il est interrogé par des journalistes. « J’ai découvert ça à l’époque où j’ai commencé à travailler avec les médias, au Mouvement des Jeunes Socialistes. » Mais selon lui, pas question de lancer des piques à ses adversaires : « Certains se servent du off pour régler leurs comptes, je ne le fais pas. Je cherche plus à donner des éléments de compréhension au journaliste. » En clair, donner son point de vue sur un sujet donné, après le temps de l’interview. Pour espérer que le journaliste reprenne ensuite cet avis à son compte, consciemment ou pas, dans sa production journalistique. Un subtil « off de compréhension », selon l’élu socialiste.


L’utopie de la fin du off


Mais si le off est sans doute aussi ancien que le journalisme politique lui-même, il subit depuis quelques années une mutation profonde. On la doit aux nouvelles technologies. Téléphones portables, appareils photos couplés d’une caméra, à chaque instant, n’importe qui est capable d’enregistrer une conversation. Couplé à l’Internet, l’effet est démesuré : une conversation captée à l’insu d’un politicien peut être connue de tous de façon immédiate.
Alors faut-il y voir la fin off ? Pour Benoît Thieulin, qui fut responsable de la campagne Internet de Ségolène Royal, la réponse est oui. Il avait mis la candidate en garde : « Faites attention aux propos que vous tenez, même si vous pensez le dire dans un cadre privé. » Le blogueur Loïc Le Meur pense que le phénomène annonce l’arrivée d’une nouvelle transparence des politiques. L’homme est plein d’espoir, il estime que, potentiellement « traqués » en permanence, les hommes politiques ne pourront plus se livrer à un double discours. « Partout, il y aura des amateurs capables de prendre une petite vidéo qui les couvrira de ridicule si leur train de vie personnel est sans rapport avec leurs idées. »
Difficile pour autant d’imaginer la fin du off. Il a toujours existé, il existera toujours. Alors évidemment, Internet change la donne. Le politicien a moins droit à l’erreur. Mais ces relations privilégiées entre hauts responsables politiques et journalistes ne s’éteindront pas pour autant. Elles sont la pierre angulaire du journalisme politique.



En savoir plus sur le net :

Le off et le Canard Enchaîné
“Bien entendu c’est off“ : un bla-bla de Libération vu par Acrimed
L’interview de Benoît Thieulin dans 20 Minutes

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Edito - Novembre 2008

Notre grain de sel

A croire que nous n’avons rien de mieux à faire. A cette heure-ci, un tournant historique se profile aux Etats-Unis. La guerre fait rage en République Démocratique du Congo. Le Parti socialiste se cherche difficilement un leader. Et nous, étudiants en journalisme, ne trouvons à parler que de… journalisme.
C’est que nous avons notre mot à dire sur la question. Pas par plaisir de nous regarder le nombril. Quelques mois avant de devenir journalistes à notre tour, nous nous payons le luxe de prendre de la distance sur notre métier, d’entrer dans les coulisses des médias. De ne pas nous contenter, en somme, de ce que ceux-ci proposent chaque jour : l'information sur un plateau, les pieds sous la table.

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