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Journalisme et communication : (més)entente cordiale

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Le journaliste et le chargé de communication entretienennt-ils des liaisons dangereuses ? Les deux métiers se côtoient au quotidien. Désormais, à l'échelle locale aussi, les services de presse se développent, même dans de petites communes. Pour le journaliste, il faut savoir savoir trouver la bonne distance dans cette relation de proximité.

 

communication verrouille

 

« Les journalistes nous considèrent comme le porte-parole des élus et les politiques nous trouvent bien trop proches des journalistes et donc trop gentils avec eux », lance Rachid Belhadj, responsable du service presse du Conseil régional d'Aquitaine et de son président, Alain Rousset. Le travail d 'un service de presse ? Délivrer un message. « Porter la bonne parole de la ville de Bordeaux », indique Nicolas Corne, attaché de presse de la mairie.

 

UNE RELATION DE CONFIANCE


À l'hôtel de ville de Bordeaux, on l'assure, il n'y a pas de journalistes blacklistés. « Nous avons des relations avec les mêmes journalistes au quotidien. En province, nous avons l'obligation de traiter tout le monde de la même manière », explique Maryvonne Fruauff, attachée de presse de la mairie. Application concrète : « Pour un déjeuner avec Alain Juppé, nous convions cinq ou six journalistes. Le bon sens oblige à ne pas se retrouver à trente autour d'une table pour discuter dans un niveau sonore approprié. Mais les absents d'un repas sont invités la fois suivante. »

 

Alors, que penser des relations parfois tendues entre journalistes et communicants ? « Je comprends que ce soit lassant pour les journalistes de devoir appeler plusieurs fois, d'être renvoyé à un autre bureau. Il y a des services qui rappellent trop tard ou jamais », concède Nicolas Corne. À la mairie comme au Conseil régional, un seul mot d'ordre : répondre au plus vite et instaurer un climat de confiance.

 

Julien Rousset, journaliste à Sud Ouest à Bordeaux, en relation avec la mairie, confirme la réactivité et la précision du service de presse de l'hôtel de ville. Lui ne parle pas de relation de confiance :  « c'est un vocabulaire trop intime, trop amical. Je dirais plutôt que nos relations sont respectueuses et professionnelles. »

 

LE ROBINET A INFOS


Cependant, le silence règne parfois dans les services de communication. « Ce n'est pas toujours à nous de parler, commente Nicolas Corne. Parfois on avoue que l'on ne peut pas divulguer une information. Notre mission, ce n'est pas non plus d'ouvrir le robinet à infos ». Pour Rachid Belhadj, le rôle d’un attaché de presse consiste également « à protéger le politique, installer son image et accroître sa notoriété ».

 

« Les services de presse sont dans leur rôle, ils font leur travail. C'est au journaliste de faire le sien, explique Julien Lestage, journaliste à Sud Ouest dans le Médoc. Parfois, les communicants fournissent des articles clé en main. Il arrive que des correspondants non aguerris les reprennent et les publient tels quels ».

 

Autre constat du journaliste : même à Lesparre, commune d'environ 5300 habitants, le maire est désormais entouré d'un service de presse qui fait aussi office de cabinet de conseil. Un phénomène assez récent, selon lui. Mais aujourd'hui, rares sont les situations où il n'y a pas d'intermédiaires entre le journaliste et un élu ou une grande institution.

 

INVESTIR LE TERRAIN


Il arrive que les services de presse se plaignent a posteriori d'un article. «  À la rédaction, on a fait un papier sur le passage du cinéma au numérique, avant que la mairie annonce toutes les animations prévues pour l'événement. Ça a fait toute une histoire, la correspondante a dû s'expliquer », affirme Julien Lestage.

 

Comment ne pas subir la pression de la communication ? « Il est possible de faire quelques papiers institutionnels, mais il faut savoir sortir du système », ajoute le journaliste. « J'ai accepté de faire un bilan sur la sécurité routière si, en échange, j'obtenais des infos sur les faits divers de l'été. » Sur la liste des recommandations : ne pas rester derrière son bureau et aller sur le terrain. Et même faire un tour au bistrot. Il ne s'agit pas d'un mythe, le bouche à oreille fonctionne. « J'ai sorti quelques affaires comme ça », avoue le journaliste.

 

« Ils ont l'habitude d'être sollicités sur des sujets délicats. Après ils répondent ce qu'ils ont envie de répondre. À nous d'avoir un contrepoint, d'aller voir les opposants pour faire un papier équilibré », précise Julien Rousset.

 

Et si expliquer la relation complexe entre attaché de presse et journaliste se résumait à ce constat : les deux métiers se côtoient souvent mais diffèrent. Les uns ont un message à délivrer. Les autres ne sont pas censés s'en contenter.

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