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Les spécialistes de la pige

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Les salles de rédaction, ce n'est pas pour eux. Ils sont spécialistes de leur sujet et la collaboration avec de nombreux titres de presse est nécessaire. Ils préfèrent travailler chez eux, pour avoir plus de liberté. Ils sont pigistes, mais ne correspondent pas à l'image du journaliste débutant qui tire le diable par la queue et démarche inlassablement les magazines. Eux ont réussi à écrire sur leur passion, tous les jours.

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TRAVAILLER CHEZ SOI


« La pige est pour moi un choix, je n'avais pas envie d'être dans une  rédaction, avec un open space, des réunions. Travailler chez moi me permet de lire plus, d'être plus concentré. » Journaliste littéraire d'une quarantaine d'années, Alexandre Fillon ne se voyait pas lire au milieu d'autres journalistes, dans le bruit et la fureur d'une salle de rédaction. Titulaire du prestigieux prix Hennessy 2009 récompensant un journaliste littéraire, Alexandre Fillon a commencé très tôt à écrire sur ses lectures. « J'ai toujours lu, participé adolescent à des revues littéraires étudiantes, raconte-t-il. Parallèlement à mes études de journalisme, je faisais déjà des piges, j'animais une émission consacrée au polar sur une radio libre. Un journaliste m'a proposé de faire des papiers dans le Quotidien de Paris, l'un d'entre eux a été remarqué par le chef de la rubrique livres de Madame Figaro qui m'a proposé de travailler avec lui, et ainsi de suite ».

Alexandre Fillon travaille maintenant pour Le Figaro Madame, mais aussi Livres Hebdo, Lire, Sud Ouest et Le Journal du Dimanche. Habitant à Vannes, il va à Paris une fois par semaine pour discuter avec les rédactions qui l'emploient. Le reste du temps, il travaille chez lui, après avoir amené ses enfants à l'école. Il lit beaucoup, forcément. S'il continue de démarcher les rédactions pour « vendre » ses articles, Alexandre Fillon bénéficie aussi d'une grande liberté. « Je choisi les livres dont je parle, je refuse d'écrire des articles négatifs, ajoute-t-il. Il y a trop de bons livres à défendre, dire du mal vous oblige à lire en entier un livre qui vous barbe, c'est pénible ».

 

MULTIPLIER LES SUPPORTS


Spécialiste des séries, Pierre Langlais travaille pour tous les types de supports journalistiques. Il collabore avec Télérama, l'Optimum, mais aussi pour France Inter, Le Mouv', l'émission l'Hebdo Séries sur le câble... et il tient un blog sur Slate.fr. Pour lui, autant de médias différents, ce n'est pas se disperser, c'est exister. « Quand on est spécialiste comme moi, il est indispensable de multiplier les supports. Cette diversité est aussi un moyen de conserver l'envie de travailler, en changeant de ton, de rythme, d'humeur... La radio, la télé et la presse sont trois choses finalement assez différentes, qui ne demandent pas le même investissement et ne provoquent pas la même adrénaline ».

Pierre Langlais indique avoir une « relation de confiance avec ses employeurs », qui lui donnent une certaine liberté. « A la radio, à la télé et sur Internet, je décide. A la radio parce qu'on me fait confiance; à la télé parce que je suis mon propre rédacteur en chef; sur mon blog, parce que c'est mon blog (rémunéré, ndlr). Dans la presse, c'est du 50/50, on m'appelle ou je propose ».

Quand on aborde la question de ses débuts, il reconnaît que les choses sont allées assez vite. Après des critiques de cinéma pendant ses études, les stages l'amènent à parler des séries, sa passion. « Je n'aurais jamais cru il y a 7 ans, à l'époque de l'école de journalisme, être chroniqueur sur France Inter et critique dans Télérama à 30 ans. On nous dit tout le temps que ce sera dur, qu'il n'y a pas de boulot, etc. C'est certain, ce n'est pas simple, mais en se battant, on peut trouver du travail. ».

 

RESTER DISPONIBLE ... ET EVITER LE SURMENAGE


Si ces pigistes réussissent à conjuguer liberté, passion du travail et rémunération intéressante, ils confient que cela implique une grosse charge de travail. « Je ne gagne jamais la même somme, explique Alexandre Fillon. Il ne me faut donc pas mollir et écrire beaucoup d'articles par semaine. Trop sans doute, mais cela me tient éveillé ! »

Pierre Langlais confie travailler chaque jour, même s'il a un rythme moins soutenu le weekend. Il ajoute: « Il faut savoir que c'est beaucoup de travail, et une disponibilité nécessaire, qui entraîne parfois le surmenage ».

 

Des indépendants moins bien payés... et plus féminins

Tous les pigistes n'ont pas la liberté et les contacts de Pierre Langlais ou d'Alexandre Fillon. En 2010, le Comité de la carte d'identité des journalistes professionnels recensait exactement 7449 pigistes sur les 35 185 détenteurs de la carte de presse. Le nombre de pigistes est en hausse constante depuis 2000. À ces pigistes encartés, il faut ajouter ceux qui n'ont pas le précieux sésame. En effet, il faut justifier d'au moins trois mois de piges pour pouvoir prétendre à l'obtention de la carte de presse. De plus, 51,5 % des pigistes sont des femmes, alors qu'elles représentent 44 % de la profession.

Non seulement elles sont plus nombreuses parmi les pigistes, mais en plus elles sont moins bien payées: la moyenne de la rémunération des femmes est de 2 005 euros, contre 2 258 pour les journalistes free-lance masculins. Un revenu inférieur de plus de mille euros à celui des salariés en CDI. Le tarif de la pige oscille entre 60 et 100 euros le feuillet (1 500 signes). Les pigistes écrivent donc entre 20 et 35 feuillets par mois, mais le prix de la pige varie entre chacun des titres de presse.

En théorie, les pigistes sont des journalistes salariés présumés, et profitent des avantages de la profession: fiscalité intéressante et treizième mois de salaire. En pratique, ces droits sont durs à faire valoir. Les entreprises de presse ne les respectent pas toujours, et les pigistes eux-même ne les connaissent pas.

 

POUR PLUS D'INFORMATIONS

Pour mieux défendre leurs droits, les pigistes se regroupent parfois en collectifs ou en association, comme Profession pigiste.

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