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Touche pas à mon talk-show

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L'émission Touche pas à mon poste (TPMP), qui débat autour de la télévision, a vu ses audiences monter en flèche depuis son passage sur la chaîne D8 en octobre dernier. La sociologue des médias Marilyne Rudelle et des chroniqueurs de TPMP expliquent ce succès.

 

Les chroniqueurs de TPMP

Sur ce plateau violet, ils touchent à toutes les chaînes, ils touchent ou plutôt ils égratignent, ils aiment, ils critiquent tous les programmes du PAF, en toute franchise. "À la différence du Grand Journal, comme on a pu le voir avec le livre d'Olivier Pourriol, nous n'avons pas d'autre directive que : dis ce que tu penses et sois libre de parole. Et les chroniqueurs n'ont pas d'oreillette", affirme Philippe Vandel, journaliste sur France Info et chroniqueur à TPMP depuis septembre 2012.

 

Dans l'émission Touche pas à mon poste, le mélange des genres et des personnalités est mis en avant pour la complémentarité de tous les membres de la bande. Journalistes, humoristes et producteurs se côtoient et échangent sur les programmes télévisuels qui leur ont plu ou déplu. "C'est typiquement le genre d'émission qui va marcher de plus en plus. C'est de l'info médiatique qui ne rentre pas vraiment dans le fond des choses. Son objectif est de faire passer un bon moment, de faire rire et si possible à la minute", détaille Marilyne Rudelle, auteure d'une thèse sur la professionnalisation des humoristes à la télé et le mélange des genres entre journalistes et comiques.

 

"Il y a une différence fondamentale entre TPMP et une émission comme Médias le mag, qui est de la pure information. Quand on réagit sur l'affaire Cahuzac, c'est en mode divertissement. On ne peut pas passer à côté de l'actualité vu qu'on débat autour de la télé", explique Christophe Carrière, journaliste à L'Express et chroniqueur à TPMP depuis les débuts du programme sur France 4.

  

Sur le plateau de l'émission de D8

 

"Quand le programme de Michel Denisot tombe dans le divertissement en invitant Nabilla, ça crée sûrement une perte d'efficacité et à long terme une baisse du public", affirme Marilyne Rudelle. Parfois, les invités du Grand Journal et de TPMP font aussi doublon, comme le 15 mars 2013, quand TPMP a reçu Isabelle Nanty et Arnaud Ducret pour leur film Les Profs, juste avant qu'ils n'apparaissent dans la deuxième partie du Grand Journal.

 

Le vent en poupe

Dans l'émission menée par l'animateur et producteur Cyril Hanouna, aucune chaîne n'est épargnée, y compris celles du même groupe. "Nous ne nous sommes pas gênés pour dire que l'interview de Nabilla par l'équipe du Grand Journal était extrêmement consensuelle", lance Christophe Carrière. Les chroniqueurs s'étaient même interrogés sur un possible contrat de non-agression passé entre les attachés de presse de la bimbo de la télé-réalité et Canal +.

 

Maxime, jeune analyste financier de 24 ans, déjà fidèle spectateur de l'hebdo sur France 4, a délaissé le Grand Journal au quotidien pour TPMP : "Ça se marre bien, tu ne te prends pas la tête. Ils parlent de télé et ils ont tous une légitimité à en discuter".

 

TPMP marche de mieux en mieux et le Grand Journal, sur Canal+, de moins en moins. Depuis son changement de chaîne de France 4 à D8 en octobre 2012, TPMP est passée de 1,6 à 4,2 % de part de marché et les audiences dépassent le million certains soirs. Début mars entre 19h10 et 19h50, 140 000 téléspectateurs seulement séparaient le talk-show de Canal + de celui de D8.

 

La recette du succès ? "Il n 'y a pas de filtres, on est comme on est. Si moi je commence à vouloir être drôle, c'est une catastrophe! Je suis authentiquement énervé par la télé-réalité et Jean-Michel Maire est authentiquement obsédé sexuel!", s'amuse Christophe Carrière. "La sincérité, c'est ça qui marche. La compétence est partout : au Grand Journal comme chez Sublet. TPMP est aussi une des rares émissions qui n'est pas politiquement correcte", apprécie Philippe Vandel, rédacteur pour le supplément féminin du Parisien.

 

La question d'apprendre quelque chose ne se pose pas à TPMP, c'est le plaisir du rire et le regard de chacun sur la télévision qui prime. La sociologue Marilyne Rudelle nuance : "Un chroniqueur apporte surtout un regard sur ce qu'il a vu ou lu. Mais s'il arrive à le faire passer par son discours, à marquer les spectateurs, ça peut alors devenir une nouvelle information."

 

Touche pas à mon format

 

 Depuis octobre 2012, TPMP est une quotidienne de D8, diffusée de 18h30 à 20h30. D'avril 2010 à 2012, le show était uniquement un hebdo sur France 4. Le format du jeudi soir en deuxième partie de soirée a été gardé par la filiale gratuite du groupe Canal +.

Les différentes rubriques de l'émission

- Ce qu'il ne fallait pas louper. Les chroniqueurs et l'animateur Cyril Hanouna reviennent sur les séquences télévisuelles marquantes de la veille.

- Le Vu/Pas vu est un quiz pour les chroniqueurs qui doivent deviner si telle ou telle situation décrite par Cyril Hanouna a vraiment été diffusée à la télé ou pas.

- Je zappe et je mate est un moment où les chroniqueurs donnent leur avis sur un programme en disant s'ils vont le regarder.

- La télé à Cham par Bertrand Chameroy est une chronique où trois séquences sont visionnées et classées.

- Le poste de surveillance de Camille Combal surveille une émission chaque jour.

- Les questions en 4/3 de Jean-Luc Lemoine montrent les off de l'émission.

 

Touche pas à mon infotainment


Ce mot-valise fusionne les termes anglais information et entertainment (divertissement). Il est de plus en plus utilisé pour les émissions comme le Grand Journal ou On n'est pas couché. Selon Marilyne Rudelle, qui réalise une thèse baptisée Humour et démocratie en France : ce que font les "bouffons contemporains" des médias satiriques audiovisuels quotidiens à la sphère publique française, "il y a deux types de divertissement : la télé-réalité et les talk-shows à la Ruquier avec une ambiance divertissante et en même temps des sujets politiquement sérieux". La sociologue questionne la pratique du rire en France : "Soit les humoristes interviewés m'ont dit qu'ils jouaient un rôle journalistiquement parlant, soit ils m'ont expliqué qu'ils s'appuyaient juste sur des faits d'actualités déjà produits ou écrits, tout en restant eux-mêmes".

 

En janvier 2012, à la suite d'une polémique sur la carte de presse des journalistes du Petit Journal de Canal +, Éric Marquis,  le président de la Commission de la carte des journalistes, était interviewé par Arrêt sur Images. "Je note que le Petit journal se trouve dans la rubrique « divertissement » sur le site de Canal+, comme le Grand journal d´ailleurs. En tant que membre du SNJ (Syndicat National des journalistes) je suis assez réservé sur le mélange des genres, assez réticent au concept « d'infotainment ». (...) Ce n´est pas parce que l'on utilise les mêmes outils – reportage, interview ... – qu'il y a une démarche « d'information derrière »"

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