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Berlusconi et les médias : le jeu du chat et de la souris

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Enrico Letta, le numéro 2 du Parti Démocrate, vient d'être chargé par le président de la République fraîchement réélu Giorgio Napolitano, de former un gouvernement d'union nationale qui devrait intégrer des membres du parti de Silvio Berlusconi. Or, depuis 20 ans, le Cavaliere est à la tête et à la une des médias italiens. Ce conflit d'intérêt souvent dénoncé fait aussi le beurre des journalistes d'opposition.

 

Il Fatto Quotidiano, journal anti-Berlusconi lancé en 2009 est aussi consultable sur internet. Photo A.C

Janvier 2013, plateau de Servizio pubblico, émission de télévision diffusée sur la chaîne privée La7. Le Cavaliere, en pleine campagne électorale, chasse de son fauteuil le journaliste anti-berlusconien Marco Travaglio et prend sa place. Oeil pour oeil, il lui adresse à son tour un flot de critiques et d'accusations. Le présentateur Michele Santoro vient à la rescousse de son chroniqueur vedette. Perte de contrôle d'un côté, sarcasmes de l'autre. Pour les médias, Berlusconi sort vainqueur de la bataille. La politique italienne : du spectacle avant tout !


 

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A peine plus d'un an après sa démission de la présidence du conseil en novembre 2011, rien n'a vraiment changé : de retour pour la campagne 2013, Silvio Berlusconi est invité sur tous les plateaux.
 

Le magnat des médias collectionne dans son escarcelle les trois chaînes télévisuelles de Mediaset et l'une des principales maisons d'édition italiennes, Mondadori. Son frère, lui, est propriétaire depuis 1992 du quotidien Il giornale. Lorsqu'il était à la tête du gouvernement italien, il avait donc une main sur les principales télévisions. Pratique quand on fait de la politique, mais pas suffisant. Selon Philippe Ridet, " il a déjà perdu en 2006 alors qu'il avait la même stratégie."
 

Favoriser la création de journalisme d'opposition
 

Mais, son passage au pouvoir politique a aussi indirectement favorisé la création de titres d'opposition. "L'exemple le plus frappant c'est Il Fatto quotidiano" , explique un journaliste indépendant italien. Le titre créé en 2009 par Marco Travaglio affiche clairement son anti-berlusconisme.
 

Mais "ll faut se méfier de ce jeu", prévient Philippe Ridet, correspondant permanent du Monde en Italie. Berlusconi a disparu des radars pendant un an et les journalistes étaient presque malheureux. C'est un petit jeu spectaculaire entre Berlusconi et les médias. Travaglio vit depuis des années de, par et grâce à Berlusconi. Je dis ça sans nier la qualité de son travail. Mais c'est un peu comme Tom et Jerry." Eric Valmir, journaliste et ancien correspondant de France Inter à Rome, confirme : "Pendant les années Berlusconi il y avait des émissions anti-Berlusconi telles que Anno Zero. Quand le Cavaliere est parti, ces émissions ont disparu."
 

Un jeu du chat et de la souris auquel Berlusconi sait jouer. "Il est intelligent, analyse Eric Valmir. Il voit quand il doit être plus discret et à l'inverse quand l'anti-berlusconisme lui rapporte. La Mondadori par exemple publie régulièrement des bouquins qui ne sont pas en sa faveur."
 

Et pour cause : la presse italienne ne prêche que des convaincus. " Le public italien choisi ses sources d'information en fonction de ce qu'il pense ", regrette le journaliste italien. Le phénomène est moins criant qu'auparavant, mais la presse italienne reste militante et liée aux partis. Pour Eric Valmir , " il y a un pacte entre le journaliste et le lecteur beaucoup plus marqué qu'en France " .

 

Pas de neutralité, donc. "En Italie, on est trop dans l'analyse, note un Italien. Il nous manque un journalisme politique qui relate simplement les faits. " Au final, note Philippe Ridet, " Il y a beaucoup de spectacle, les italiens en ont ras-le-bol mais en même temps ils n'ont rien d'autre à se mettre sous la dent à la télé: la politique a tout dévoré ".

 

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