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Ecoles de journalisme : les nouveaux tremplins pour favoriser la diversité

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Préparations gratuites aux concours d'entrée des écoles, apprentissage au sein de groupes audiovisuels, contrats de professionnalisation, validation des acquis professionnels... Depuis quelques années, ces initiatives se sont multipliées pour aider les étudiants boursiers à intégrer une école de journalisme. Dernière en date : l'ESJ de Lille a lancé en septembre 2009 une prépa gratuite en partenariat avec le Bondy Blog. Objectif : diversifier l'origine sociale des journalistes.

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« Parmi nous, aucun enfant de manœuvre, de cheminot, de caissière. Ni Black ni Beur des zones de non droit. Juste une Algérienne... fille de diplomate. Juste un fils d'ouvrier égaré qui assure une mixité à minima », racontait l'ancien diplômé du CFJ François Rufin dans son livre Les petits soldats du journalisme, paru en 2002. Aujourd'hui, le constat n'a pas changé : les écoles recrutent souvent des étudiants qui ont le même profil. Des jeunes issus des classes moyennes ou supérieures qui sont souvent passés par des instituts d'études politiques. Encore trop peu d'étudiants des milieux populaires se présentent aux concours. « Justement, l'objectif de notre prépa, c'est de donner un coup de pouce à des jeunes qui ne sont pas loin d'y arriver », précise Nordine Nabili, directeur de l'ESJ à Bondy.


En France, treize écoles sont reconnues. Parmi ces établissements, on dénombre quatre écoles privées l'ESJ à Lille, le CFJ et l'IPJ à Paris et l'EJT, dont les frais de scolarité sont élevés - compris entre 3000 et 5 000 euros par an, sur deux années (trois à Toulouse). Une somme importante voire dissuasive pour nombre d'étudiants boursiers.


Plus abordables, il existe huit autres formations publiques, dont les frais de scolarité se limitent en règle générale aux droits universitaires. Il s'agit des deux IUT de Tours et Lannion et des sept masters délivrés par l'IJBA de Bordeaux, Sciences Po Paris, le CUEJ de Strasbourg, le Celsa à Neuilly, l'IFP de Paris, l'EJCM à Marseille et l'ICM à Grenoble.

Lutter contre les inégalités


Mais les concours d'entrée sont difficiles. Certaines épreuves sont jugées discriminantes, notamment l'oral d'anglais. « A l'ESJ Lille, vous passez un oral d'anglais qui est éliminatoire. C'est là où se joue la différence entre ceux qui ont eu la possibilité de se rendre dans un pays anglo-saxon et ceux qui n'ont pas eu cette chance», souligne Nordine Nabili. Il rajoute: « Ces jeunes jusque là ont joué le jeu de l'école au maximum mais finalement le milieu social prend le relais dans cette épreuve.»


Aussi, pour ne pas passer à côté de candidats, quelques écoles refusent cette épreuve, notamment l'IJBA. « Nous considérons que c'est une discrimination sociale. Depuis longtemps, nous avons une fibre sociale dans le recrutement », souligne Maria Santos Sainz, directrice de l'IJBA. Pour favoriser la mixité sociale, l'école bordelaise propose la validation des acquis professionnels (VAP).


Mais encore faut-il pouvoir intégrer une école. Aussi, des journalistes (diplômés du CFJ et de l'ESJ Lille pour la plupart) ont créé des prépas gratuites, la Chance aux concours et l'ESJ Lille-Bondy. Cette dernière créé en septembre accueille vingt étudiants boursiers d'un bon niveau scolaire. En cas de réussite au concours lillois, les étudiants seront exonérés des frais de scolarité. Réservées aux étudiants boursiers et basées sur l'égalité des chances méritocratiques, elles sont composées de quinze à vingt étudiants au maximum. La formation repose sur les épreuves classiques des concours (questionnaires d'actualité, tests de culture générale, exercices d'écriture, anglais, français...), dispensés par des journalistes bénévoles des différents supports.

Depuis sa création en janvier 2007, par six anciens du CFJ, la Chance aux concours a accueilli au total 41 étudiants, avec une moyenne de 13 candidats par promotion, dans les locaux de l'école privée. Et le résultat est encourageant, 19 étudiants ont depuis réussi à intégrer une école de journalisme reconnue. Quatre autres jeunes sont en apprentissage en télé ou en radio.


Baya Bellanger, l'une des six journalistes à l'origine de la Chance aux concours :

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Ces dispositifs se multiplient mais cela reste « une goutte d'eau » pour le moment.

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Les autres voies au métier

« L'objectif de l'apprentissage est d'amener plus de gens vers le journalisme en diversifiant les voies d'accès au métier de journaliste. Il est indispensable d'avoir des jeunes qui viennent de milieux différents pour avoir un véritable reflet de la société », souligne Eric Nahé, responsable de la formation en apprentissage de l'IPJ. Ces quatre école (le CFJ, l'ESJ Montpellier, le CUEJ et l'IPJ) proposent une formation en apprentissage, destinés à d'une douzaine de jeunes âgés de moins de 26 ans et titulaires d'un Bac +3. La priorité est accordée aux étudiants boursiers. Une forme de discrimination postive ? Un argument réfuté en partie par les écoles. Ce sont principalement les écoles privées qui ont mises en place cette filière pour toucher de nouveaux profils d'étudiants. Les apprentis journaliste dans un média durant deux ans. Ils alternent cours théoriques et apprentissage professionnel au sein des rédactions. Certains médias, notamment le groupe TF1 ou Radio France, ont crée leur propre formation d'apprentissage. Depuis 2008, la fondation TF1 souhaite « insérer dans les métiers de l'audiovisuel des jeunes de quartiers fragiles ». Dans ce cadre, les candidats sélectionnés sont formés durant deux ans par la chaîne.

3 questions à Ali, bénéficiaire de la prépa Chance aux concours en 2008 et étudiant en deuxième année à l'EJT (Ecole de journalisme de Toulouse).

Comment as-tu découvert la chance aux concours ?

C'est en faisant des recherches sur Internet. Je me baladais sur le site du CFJ et je suis tombé sur l'offre d'une prépa gratuite réservée aux étudiants boursiers.

Qu'as tu pensé de cette prépa ?
La chance aux concours a été un tremplin génial pour moi. Je n'avais aucun lien avec le journalisme. Et par le biais de cette prépa, j'ai pu être en contact avec des professionnels qui m'ont donné de nombreux conseils pour préparer les concours et sur le métier.

Sans la Chance aux concours, penses-tu que tu aurais réussi à intégrer une école ?

Je partais à l'origine avec un handicap. J'étais à la fac en licence AES, une formation éloignée du journalisme! La chance aux concours m'a permis d'avoir plus confiance en moi, notamment lors des oraux. Et l'avantage de cette préparation, c'est qu'elle se passait le samedi. Je pouvais gérer, en parallèle, mes cours à l'université.

3 questions à Sébastien (28 ans), étudiant en Master 1 à l'IJBA, bénéficiaire de la validation des acquis professionnels

Comment as tu découvert la validation des acquis professionnels?

Tout simplement sur Internet, en naviguant sur le site de l'IJBA. J'ai été militaire dans le renseignement durant six ans. J'ai toujours voulu être journaliste mais les aléas de la vie ont fait que je ne me suis pas orienté dans cette direction après mon Bac.

En quoi constitue la VAP ?

Contrairement autres écoles de journalisme, la VAP permet d'intégrer la formation sans passer le concours et sans avoir de licence. Ce n'est pas une condition sine que non. Je me suis arrêté au Bac mais je justifiais de cinq années d'exercice professionnel.

Avais tu tenté d'autres écoles ?

Oui, les IUT de Tours et de Lannion. Pour les autres écoles, j'étais soit limité par l'âge ou par la question financière. La VAP était pour moi une très bonne opportunité. C'est aussi une richesse incroyable pour une école, je viens ainsi avec mon background militaire !

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Edito - Décembre 2009

Rédactions en chaîne

Dans ce nouveau numéro de La fabrique de l'info, nous allons parcourir les coulisses d'un journalisme en pleine mutation. Un journalisme dans lequel nous mettrons les pieds l'année prochaine. Futurs maillons de la chaîne, nous avons choisi d'isoler ce qui compose la fabrication de l'information.

Dans la Salle des machines, prenons un peu de recul vis-à-vis des outils mis à notre disposition pour informer. Nous faisons le pari que Twitter deviendra un média à part entière, en tant que vecteur d'informations. Comment ce réseau social bouleverse notre rapport à l'actualité et son traitement ? Et que viennent y chercher les journalistes ?

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