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Caméras sous le manteau

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C'est une première en France, une émission d'investigation justifie son existence par l'utilisation de caméras cachées. A l'étranger, certains en usent sans en débattre, et d'autres virent dans le trash

C’est un véritable coup de pied dans la fourmilière. « Les Infiltrés » de David Pujadas, ces reporters en caméra cachée, l'ont donné sans le vouloir. Quelques heures après l'annonce de la diffusion, les syndicats s’insurgent, la toile s’enflamme et toute la France se déchire pour savoir qui de Jean-Michel Apathie ou de Daniel Schneidermann aura le dernier mot.

Le débat est récent dans l’Hexagone. Certes, des émissions d’investigation comme le Droit de savoir, Envoyé spécial ou Zone interdite recourent ou ont recouru sans complexe depuis de nombreuses années à la caméra cachée. Mais pour l’instant, la règle tacite voulait que le procédé soit limité à certaines situations où l’information était inaccessible au journaliste par des voies traditionnelles.

Au coeur de la polémique, Hervé Chabalier, fondateur de Capa et producteur délégué de l’émission de France2 justifie l'existence de son émission :

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Une chose est certaine : le débat français reste très marqué par les questions d’éthique et de déontologie. Difficile de déterminer s’il s’agit davantage d’un phénomène dû au faible nombre de chaînes françaises, peu propice à l’innovation, ou à un goût prononcé pour les débats idéologiques. Toujours est-il que la question se pose différemment dans d'autres pays.

Les Etats-Unis ont franchi le cap


Le cas des Etats-Unis est symptomatique d'une introduction mal maîtrisée de la caméra dans le paysage audiovisuel. Le business de l’info aux Etats-Unis s'est développé dans les années 80 au point de devenir boulimique. Parmi les programmes les plus populaires : les magazines tournés en caméra cachée.

Le genre se popularise réellement en 1992. L’émission PrimeTime Live effectue une incursion dans deux supermarchés de la chaîne Food Lion. La chaîne diffuse une vidéo montrant de la viande périmée sciemment remise en rayon par des employés des magasins. Le jour suivant, Food Lion entraîne ABC dans un procès de sept longues années.

Las de devoir se défendre bec et ongles face à des bataillons d'avocats, les chaînes de télévision ont mis de l'eau dans leur vin. Progressivement, les émissions en caméra cachée ont choisi un positionnement plus spectaculaire et moins risqué sur le plan juridique : la traque aux mauvais citoyen.

Le temps des questions semble donc révolu. La caméra cachée est utilisée à outrance. Les émissions aux allures journalistiques usent et abusent des objectifs dissimulés. Le but, confondre des particuliers aux pratiques présumées criminelles ou antisociales. Un exemple parmi d'autres, se déguiser en prostituée dans le but de filmer les déboires d'un prêtre défroqué. Plus les dispositifs vidéos se miniaturisent et se perfectionnent, plus les contenus des émissions de caméras cachées se font intrusifs.

Symbole d'une époque, une recherche rapide dans google sur ces procédés mène invariablement au site hiddenjournalist.com. La vision que porte ce fabricant chinois de dispositifs d'espionnage sur le journalisme américain est pour le moins révélatrice.

To Catch a predator

L'émission de NBC appréhende des prédateurs sexuels présumés agissant sur internet en collaboration avec la police. Depuis la première saison, le show a permis de procéder à l’arrestation de nombreuses personnes. « To catch a predator » marche tellement bien que plusieurs chaînes locales ont adapté le concept localement. Les équipes de NBC créent un profil d’une adolescente de moins de 18 ans et naviguent sur internet, notamment sur des forums de discussion. Lorsque l’internaute a des propos équivoques avec la personne mineure, un rendez-vous lui est donné. L'homme est alors invité dans une maison louée par les équipes de l’émission. Le suspect entre en croyant que l’adolescente se trouve seule à la maison. Au bout de quelques instants, le présentateur se présente et va directement le questionner sur ses intentions. Par la suite, il se décrit comme l’animateur de l’émission et explique à l'homme qu'il vient d’être piégé. La plupart du temps, la police est prévenue et attend le suspect devant la porte de la maison afin de procéder à son arrestation sous les yeux des caméras.

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Parfois, le suspect tente de s’échapper, ce qui se termine le plus souvent par un coup de Taser.

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Infiltrée en caméra cachée

En Espagne, le phénomène existe aussi, moins exacerbé qu'aux Etats-Unis, mais un peu  plus installé qu'en  France. En 2005, l'expérience d'une infiltration en caméra cacheé de longue durée a été diffusée sur deux grandes chaînes nationales espagnoles.

Pour El MundoTV et Antena 3, Beatriz Vigil, journaliste espagnole est parvenue à infiltrer en août 2005 le Mouvement raélien international. Cette secte a son siège au Canada et son gourou, Claude Vorihlon, alias Raël, 59 ans, se fait passer pour le demi-frère de Jésus et le dernier Messie, envoyé par des extraterrestres. « Je voulais voir de l'intérieur un groupe sectaire qui se sert du plaisir sexuel pour attirer des nouveaux adeptes et leur faire croire aux soucoupes volantes », explique Beatriz Vigil à l'époque. Elle-même a dû résister aux assauts du gourou, soi-disant expert en « orgasme cosmique », prenant ainsi le risque d'être dévoilée. Avec sa caméra cachée, la journaliste qui avait dit s'appeler « May » a filmé une cérémonie organisée en son honneur. Bien que nouvelle adepte, elle a été propulsée « niveau 3 » et représentante de la secte pour toute l'Espagne. Du coup, son reportage n'en avait que plus de valeur. Elle est la seule journaliste à avoir réussi à filmer d'aussi près Raël dans des moments intimes.

Trois ans d'avance

L'infiltration sur long terme de cette journaliste est sur la base du même principe que les reportages de l'émission française « Les Infiltrés ». Même volonté de montrer ce qui se passe réellement au quotidien dans un milieu opaque.

En Espagne, ce type d'infiltration existe depuis 2005. Trois ans d'écart. Quand on voit cela, on se rend compte que la France suit le même chemin mais de manière plus prudente et plus lente. En Espagne, les réactions ne sont pas aussi vives comme cela peut l'être en France selon  Luis Miguel Ubede, journaliste espagnol à la radio nationale espagnole. Il est contre cette utilisation systématique de la caméra cachée.

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Finalement, la France n'est peut-être pas si mal lottie avec ses débats grandiloquents et sa chappe de plomb déontologique. Journalisme justicier, télé dénonciatrice, ... Le journaliste sera-t-il le futur dénonciateur des injustices ? Un procureur médiatique en somme, avec des nouveaux outils d'enquête que même un juge d'instruction se verrait refuser.

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Edito - Novembre 2008

Notre grain de sel

A croire que nous n’avons rien de mieux à faire. A cette heure-ci, un tournant historique se profile aux Etats-Unis. La guerre fait rage en République Démocratique du Congo. Le Parti socialiste se cherche difficilement un leader. Et nous, étudiants en journalisme, ne trouvons à parler que de… journalisme.
C’est que nous avons notre mot à dire sur la question. Pas par plaisir de nous regarder le nombril. Quelques mois avant de devenir journalistes à notre tour, nous nous payons le luxe de prendre de la distance sur notre métier, d’entrer dans les coulisses des médias. De ne pas nous contenter, en somme, de ce que ceux-ci proposent chaque jour : l'information sur un plateau, les pieds sous la table.

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